Le carnet de Gazda Marko

La vie quotidienne. La vie tout court. Les gens et les villes. Portraits et témoignages. Cartes postales. De France et d'ailleurs.

04 novembre 2006

Parole d'anciens

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Marrakech, le 28 octobre 2006 - Il faudrait pouvoir rester plus longtemps au coeur de la medina, s'asseoir devant les portes des maisons, et boire le thé avec les vieux. Peut-être parleraient-ils d'autrefois, de l'époque où la place Jemaa el Fna n'était pas encore pavée, du temps où les investisseurs n'avaient pas encore pris possession de la vieille ville pour y loger les touristes en quête de riads. Est-ce que ces vieux ont entendu parler du film de Rachid Bouchareb, "Indigènes" ? Pas sûr. Mais ils auraient certainement quelque chose à raconter sur ces années-là. Ces vieux qui semblent n'attendre personne, étaient-ils jadis princes ou porteurs d'eau ? Chameliers ou tailleurs ? Ont-ils toujours vécu à l'ombre de la Koutoubia ou connaissent-ils les minarets de Fès, de Meknès, de Sarajevo ou du Caire ? Leurs enfants, leurs petits-enfants, les amis de leurs amis ont-ils recueilli leurs histoires, leurs souvenirs ? Qui parle encore avec ces vieux, avec les anciens ? Il ne faut pas trop compter sur les livres pour connaître leurs secrets. Ici, comme à Bamako, à Nouakchott ou Cotonou, la mémoire est orale. Diction africain connu : un vieux qui meurt, c'est une bibliothèque qui disparaît.

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08 septembre 2006

Pas de grille de rentrée pour Radio Liban

Lille, le 8 septembre 2006 - "C'est la rentrée". Air connu. La rentrée à l'école, la rentrée dans les entreprises, la rentrée sur les ondes aussi. En France, les radios périphériques, locales, musicales, indépendantes ou non, nous distillent des"grilles de rentrée" spécialement mijotées à l'attention des auditeurs bronzés et reposés. Moi, c'est la "rentrée" de Radio Liban qui m'intéresse. A Beyrouth, il y a une petite équipe de journalistes, d'animateurs et de techniciens qui tous les jours font de la radio en français. Une bonne programmation musicale et un peu d'information, même si le contrôle du ministère libanais de l'information reste trop lourd. En 2004, je suis allé leur rendre visite. J'ai passé auprès d'eux quelques journées passionnantes.

Ces dernières semaines, j'ai bien sûr pensé à Radio Liban, à sa directrice Michèle de Freige et à ses collaborateurs. Je me suis demandé si les bombes israëliennes avaient détruits les studios ou les émetteurs. J'ai appris que la journaliste française qui travaillait comme coopérante auprès de la rédaction n'avait pas été autorisée par l'ambassade à rester en poste. Une fois de plus, comme dans les années 70 ou 80, la radio a du vivre des heures éprouvantes. Mais il en faut manifestement plus pour faire taire cette petite station francophone et aujourd'hui Radio Liban est toujours là. Pour la rédaction,  il n'y a pas plus de "rentrée" que de "grille de rentrée". Il y a simplement cette petite musique : la vie qui continue. Alors si vous avez cinq minutes,vous pouvez peut-être envoyer un petit message à Beyrouth, histoire de les encourager, de les remercier pour leur tenacité.

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04 janvier 2006

Tuk tuk mâle ou tuk tuk femelle ?

Laos, 4 janvier 2006 – Appel de détresse de V., une amie voyageuse qui établit généralement ses quartiers d'hiver en Asie.

Son message reçu hier :

"Un chauffeur de tuk tuk lao qui se débrouille de mieux en mieux en anglais et français m’a demandé : "vous dites en français UNE montre: comment reconnaissez-vous qu’elle est féminine ?". Là-dessus, il sort sa montre et me demande à quoi on voit qu’une montre est une dame alors que son tuk tuk est un monsieur…

Putain, évidemment je lui ai répondu que ça ne se voyait pas sur les objets. Là, il était désemparé car je n ai pas su lui donner la "recette" pour ne plus se tromper entre « un » et « une ». Alors il m'a demandé si des fois moi aussi - comme lui - je me trompais entre «un » et « une ». J’ai dit "jamais" et il m’a demandé pourquoi. J’ai répondu qu’on apprenait ça à l’école, et alors il m’a demandé où le prof apprenait çà, car « si c’est le prof qui t’apprend, qui lui a appris ? »…

MISERE... Heureusement qu'on quitte le Laos demain...".

 

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16 décembre 2005

Avoir un visa ou pas

Bamako, 12 décembre 2005 - Le Palais des Congrès qui abritait voici quelques jours encore le Sommet Afrique-France est en plein nettoyage. Mais "Le Sommet" alimente encore toutes les conversations. Chirac a promis des visas pour tous les artistes africains. Ibrahim fabrique et vend des bijoux touaregs sur le marché. "Moi aussi je suis un artiste non ? Alors on va m'accorder plus facilement un visa désormais ?". Chirac a aussi promis des visas pour les Africains dont la profession a pour nature "l'échange". Haby est journaliste dans un des petits hebdomadaires du pays.. "Bien sûr pour exercer mon métier j'ai besoin d'échanger, de rencontrer des confrères, des partenaires, dans les pays voisins mais aussi en France. Tu crois que ce sera plus facile maintenant ?".

Au bord du Niger, le siège de la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest a des allures de forteresse sahélienne. C'est de loin le principal bâtiment de la capitale malienne. Le matin, vers 9 heures, les voitures des employés en col blanc font la queue à l'entrée et se plient aux exigences du contrôle de sécurité. A deux pas de là, des gamins vendent à la sauvette des cartes téléphoniques. Pour chaque carte de 5000 CFA, ils empochent 200 CFA (30 centimes d'euro). Et évidemment il est bien difficile de vendre une de ces cartes. Pourtant, grâce à elles, les habitants des zones rurales où le téléphone filaire est pratiquement absent, peuvent appeler le cousin ou l'oncle établi en France ou ailleurs pour lui demander d'envoyer un peu plus d'argent que d'habitude à la fin du mois.

De l'autre côté du fleuve, le campus universitaire est tristement planté sur une sorte de colline du Savoir qui ferait face à la colline du Pouvoir où trône le palais présidentiel. Des étudiants pianotent sagement devant des écrans plats d'ordinateurs offerts par l'Agence universitaire de la francophonie. On s'aperçoit rapidement que leurs travaux consistent pour bon nombre d'entre eux à consulter leur messagerie électronique. Peut-être envoient-ils des messages à leurs correspondants, de l'autre côté du Sahara et de la Méditerranée. "Chirac nous a dit que pour les universitaires il y  aura des visas à gogo, alors je vais me dépêcher d'obtenir mon diplôme...".

Petite promenade à quelques kilomètres de là, à Kati. Une dame déjà âgée et aux yeux vifs, vient voir la directrice de la radio locale. C'est une radio "communautaire", et donc au nom de la "communauté", la  dame demande à la radio de diffuser des programmes qui permettraient aux auditeurs d'apprendre un peu le français. Rares sont ceux dans ce village qui parlent une autre langue que le bambara. Devant le siège de la radio, un adolescent photographie les visiteurs avec son téléphone portable. A ses côtés une femme en tenue traditionnelle, panier de bananes sur la tête, observe la scène. Elle n'a certainement pas de téléphone mobile, pas d'ordinateur, pas d'appareil photo et ne maîtrise aucune langue dite de "circulation internationale". D'ailleurs elle ne circulera pas car elle ne demandera sans doute jamais de visa.

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03 août 2005

Le Viêt-Nam d'hier, bla bla, et d'aujourd'hui bla bla bla

Hanoi, 3 août 2005 – Tout foutrait donc le camp au pays de l’Oncle Ho (lequel n’est évidemment plus là pour veiller au grain) ? Le casque de bo doi, couleur kaki, fabriqué voici encore quelques années en bois de latanier, est aujourd’hui en plastique. Plus grave : l’empereur Daewoo a pris le pouvoir ici, comme un peu partout. Hôtel Daewoo, petites bagnoles Daewoo faisant généralement fonction de taxi, téléviseurs Daewoo, encarts publicitaires Daewoo... Et pour ceux qui n’auraient pas encore bien compris, les touristes coréens débarquent en grappes dans ce Viêt-Nam sur lequel ils semblent jeter un regard un peu condescendant.

Près du Sheraton – car pour les amateurs de dépaysement il y a désormais à Hanoi un Sheraton, un Sofitel, un Hilton – un « bar à vins » propose un Petrus 1982 à 2800 dollars (38 750 000 dongs vietnamiens) sans rire et en secouant la bouteille comme un Orangina.

Finies ou presque les courses en cyclo-pousse, détroné par les petites motos qui, comme à Saigon, envahissent rues et trottoirs. Ce que les touristes ont sans doute perdu en image d’Epinal, les Hanoiens l’ont gagné en liberté.

Le Viêt-Nam, bla bla bla pays membre bla bla de l’Organisation Internationale de la bla bla Francophonie bla bla. Mouais... La première langue étrangère pratiquée ici est d’abord l’anglais. Le cinéma le plus moderne de la ville vient d’acheter les droits de Star Wars III. Succès assuré. La jeunesse ici n’a pas grand chose à faire des consignes d’autrefois et ne fuit donc pas le modèle américain. 90 pour cent des films étrangers diffusés au Viêt-Nam sont américains. Les autres sont asiatiques.

Bon c’est vrai tout change, mais rien ne change. Les villas de l’ancienne ville coloniale aux murs ocres et volets verts. Les vieux à blanche barbiche plongés dans le journal face au lac Hoan Kiem. La chaleur humide des jours et des nuits d’été. Les pho délicieux dégustés sur un coin de trottoir (mais on trouve aussi avenue Ba Trieu un restaurant de pho presque aussi clean qu’un restaurant japonais). Cette douceur dans les couleurs. Les séances de tai chi à six heures du matin au bord du lac de l’Ouest. Les jeunes filles à vélo, fieres et droites, gantées jusqu’aux épaules par peur du soleil. Les femmes à pied, dignes mais courbées sous le poids de leur balancier chargé de fruits du dragon, de pommes-cannelle ou de bananes. Hanoi reste Hanoi, et la vita e bella !

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14 juillet 2005

14 juillet, mode d'emploi

Dranouter (Belgique), 14 juillet 2005 - D'abord prendre un train en gare de Lille-Flandres jusqu'à Bailleul. Embarquer le vélo sur le train. A Bailleul pédaler en direction du Mont Noir pendant une dizaine de kilomètres, puis bifurquer sur la droite. Et là, si tout se passe bien, on arrive à Dranouter. Dranouter, ses quelques centaines d'âmes flamandes, ses fermes revues et corrigées façon auberges et ses estaminets où l'on sait encore picoler et rigoler. Tremper sa saucisse sèche dans sa chope de bière et se saoûler de senteurs de saison.

"Le Barbier", "Halve Man" (Demi-Lune), Den Ekster (La Pie)... Quel que soit le bistrot la carte des bières belges invite au plaisir. Empoigner une "Queue de charrue", avoir la tête qui tourne grâce à "L'Abeille ivre", découvrir la "Bourgogne des Flandres". C'est clair : on sait vivre ici.

Quelques verres et quelques tartines de potje vleesch plus tard, nouveau petit tour à vélo à travers champs de patates et de betteraves, puis on s'affale sur le gazon ombragé du petit cimetière militaire de Dranouter. Là, sieste pour tout le monde. Pas un bruit. Juste l'idée que le 14 juillet est en Belgique un jour comme les autres. Tout va bien.

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18 juin 2005

Saigon la terrible

Saigon (Ho Chi Minh-Ville), 18 juin 2005 - Vingt-troisième et avant-dernier étage de l'hôtel Caravelle. On ne trouvait pas de vingt-troisième étage il y a quelques années à Saigon. Vue imprenable sur la terrasse de l'hotel Rex, soudainement bien minuscule, et sur le Continental. Autrefois QG des correspondants de guerre, il accueille cet après-midi une noce, avec une jeune mariée tout ce qu'il y a de plus "jeune mariée".

Sur le trottoir d'en face, toujours dans ce Saigon d'en bas, la pâtisserie Givral attend le client. "Givral", cela sonne comme le Saigon d'autrefois. Tout comme la rue Catinat, rebaptisée Dong Khoi. Ici c'est le touriste que l'on attend de pied ferme et de préférence le touriste avec carte de crédit, plutôt que le routard avec sac à dos. La styliste Minh Hanh , la gallerie Thanh Mai, les frères Nguyen pourraient avoir pignon sur rue à Paris ou à New York. Lorsqu'on entre dans les nouvelles boutiques de cette ex-rue Catinat, on a presque envie de croire que le communisme à la sauce vietnamienne, ça marche.

Toujours depuis les hauteurs du Caravelle on voit la rivière Saigon, les bacs qui transportent les habitants d'un bord à l'autre, les bateaux-restaurants bondés de touristes, les voitures et les motos qui filent sur le boulevard... En bas aussi l'opéra et là-bas un peu plus loin la grande poste.

Au fond du décor, les long-courriers descendent doucement sur la ville avant de se poser sur la piste principale de l'aéroport.

Il ne fait pas chaud, climatisation oblige. Au vingt-troisième étage, on peut visiter tout Saigon en une heure sans souffrir de la chaleur. La modernité, ça peut vous enrhumer ?

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17 juin 2005

Hué la paisible

 

Hué, 17 juin 2005 – L’hotel Lê Loi est toujours là, sur l’avenue du même nom, au centre de Hué. Mais il n’est plus vraiment dans le coup. Le «Saigon Morin », refait à neuf, avec ses jardins, sa piscine, ses chambres de quarante mètres carrés et son personnel souriant, rappelle forcément l’époque coloniale. Juste en face, le vieux pont métallique Tràng Tiên enfile la nuit un costume de fête. Illuminé de rouge, puis de violet ou de vert, il donne à Hué la paisible un petit air branché.

Dans la journée, sur ce même pont qui enjambe la Rivière des Parfums, c’est un incessant défilé de cyclo-pousses, de vélos et de mobylettes. Le même défilé qu'il y a une dizaine d'années, même s' il est clair que les cyclos perdent du terrain face aux motos. Les rues et les batiments publics sont bardés de banderoles rouge vif annonçant la tenue dans la ville d'une conférence internationale. Des bus bondés d'officiels bon teint vont d'hôtel en salle de réunion,

encadrés par la police. De leur trottoir les commerçants regardent passer les convois et espèrent qu'en fin de journée ces hôtes de marque voudront bien dépenser leurs dollars dans les échoppes du centre ville.

De l'autre côté de la rivière, la Citadelle, témoin des temps anciens où Hué avait rang de capitale impériale, attend les touristes encore peu nombreux en cette saison. Des ados à vélo circulent sous les arbres des allées qui mènent à la vieille cité. Ici et là des couples se forment, mais leurs gestes restent mesurés. Des paysans, chapeau conique et nu-pieds, transportent d'improbables paquets. Un cyclo chargé d'ordinateurs sans doute hors d'usage remonte péniblement une allée. Les premières gouttes de pluie commencent à tomber. Il va enfin faire un peu plus frais.

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08 mai 2005

Les Big Five du Mozambique

   Maputo - 2 mai 2005 - “Comment, tu ne connais pas les Big Five ?”. Mon interlocutrice n’en revient pas. Sur le bâteau qui nous ramène de l’île paradisiaque d’Inhaca, elle se moque ouvertement de moi. Séjourner en Afrique et ne pas connaître les “Big 5” semble être la dernière blague inventée par les Blancs. Je tente bien de négocier pour qu’elle me mette sur la voie. Mais pas question. “Tu as jusqu’à demain soir pour trouver”. Sans appel.

Nous arrivons à Maputo, dans la petite marina au pied de l’Hotel Cardoso et de la résidence présidentielle. Remontée en taxi vers la ville haute. Les rues aux couleurs tant africaines que latino-américaines sont calmes. Le 2 mai est férié en récupération du 1er Mai qui a eu le mauvais goût de tomber un dimanche. Savoir-vivre mozambicain.

Je décide de flaner au hasard des artères bien droites dessinées par les colons portugais. Je crois deviner que la promenade en bord de mer s’appelle Avenue des Anglais. Amusé, je m’approche de la plaque pour vérifier: “avenida Friedrich Engels”. Un peu plus loin je m’engage dans l’avenue Vladimir Lenine puis dans la rue Mao Tse Toung. Je commence à comprendre. L'indépendance de 1975 est passée par-là. Quelques avenues Karl Marx et Julius Nyerere plus loin je retourne voir mon experte en Big Five. Sûr de moi je lui dis que j’ai compris et commence à lui réciter mon chapelet de révolutionnaires en me disant que dans le tas on doit bien en trouver cinq qui sont plus grands que les autres.

Las... L’éclat de rire qui fuse me mortifie pour le restant de la soirée. Pour atténuer quand même un peu la douleur ma charmante tortionnaire me montre l’embouchure du Maputu. “De l’autre côté du fleuve, explique t-elle, on peut voir des éléphants. L’éléphant est un des Big Five de l'Afrique. Les quatre autres sont le rhinocéros, le lion, le léopard et le buffle. C’est pourtant simple quand même !”.

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26 février 2005

Une diva à Khayelitsa

Khayelitsa (Cape Town) - 24 février 2005 - Elle s'appelle Diva. Ce  n'est pas son vrai nom bien sûr. Elle a vingt ans, peut-être un peu  plus. C'est un moulin à paroles. Elle parle, elle parle, elle rit, elle  chante, elle parle encore. Et en neuf langues s'il vous plaît.  L'anglais, l'afrikans, le zoulou, le xhosa et sept autres langues  nationales sud-africaines. Elle n'a peur de personne, ne se laisse pas  impressionner, a réponse à tout ou presque. A sa façon, c'est une star.  Alors tout le monde ici l'appelle Diva. Elle est journaliste à Radio  Zibonele, dans le township de Khayelitsa, à quelques kilomètres de Cape  Town (mais Le Cap fait peut-être davantage rêver ?).

  Un million d'habitants à Khayelitsa. Des Noirs. Loin des Blancs et des  touristes du Cap. Un million à vivre - pour les plus chanceux -  à  quatre, six, douze, parfois plus, dans les petites maisons en  rez-de-chaussée de six mètres sur six construites par le gouvernement.  Les autres se contentent de cabanes de bois et de tôle. Khayelitsa est  un township, une de ces cités ouvrières parmi bien d'autres en Afrique  du Sud et réservées à la population noire. Héritage de l'apartheid. Des  écoles, des dispensaires, des stations service aussi apportent peu à  peu un semblant de normalité dans ce qui évoque à la fois un  gigantesque coron et un camp de concentration.

  Diva montre les anciens locaux de la radio où elle travaille. Un  conteneur délabré. Mais à quelques mètres de là un bâtiment tout neuf,  financé grâce à la publicité diffusée à l'antenne, abrite depuis  quelques jours les studios. Diva est fière de présenter ses collègues  et amis. Séance de photos. Echange d'adresses. Promenade jusqu'à un  promontoire d'où l'on a une vue circulaire sur l'ensemble du township  et là-bas tout au bout, inaccessible, la mer.

  C'est sur la route du retour, en allant vers Le Cap, que j'ai compris que U-Carmen e Khayelitsa, le film sud-africain qui venait de recevoir l'Ours d'Or au festival de Berlin, avait été tourné ici.    

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