Le carnet de Gazda Marko

La vie quotidienne. La vie tout court. Les gens et les villes. Portraits et témoignages. Cartes postales. De France et d'ailleurs.

25 septembre 2006

Courir derrière Hervé Robillard

PhP

Lille, le 25 septembre 2006 - Hervé Robillard est photographe. Son travail, tout en délicatesse, nous invite notamment à mieux observer la relation entre matière et lumière. Et, comme les feuilles des marronniers qui toujours tombent à l'automne, Hervé fait son sac pour, comme chaque année à cette saison, quitter Lille et aller chercher la paix et l'inspiration sous les cieux asiatiques. Dans quelques jours, il sera à Bangkok, et bientôt à Phnom-Penh.

Vous ne connaissez pas encore Hervé ? Vous avez raté, ce 22 septembre, le vernissage de sa dernière exposition au Quai de la Batterie à Arras (un travail sur le Memorial Britannique, résultat d'une résidence d'artiste sur place, et visible jusqu'au 13 octobre) ? Vous n'avez pas pu vous rendre en juillet dernier à Bangkok pour découvrir le travail d'Hervé dans le cadre de l'exposition internationale "The suspended moment" au Tadu Contemporary Art ? Pas vu non plus en 2005 l'exposition à la galerie Ississ à Kyoto ? Vous ignorez tout des images splendides réalisées à Sarajevo et montrées notamment en 2003 à la Galerie Le Lys,  à Paris, ou à la Galerie Point Barre à Lille ? ... Vous êtes évidemment impardonnable, mais il vous reste une petite chance de vous rattraper : courez sans tarder au Centre culturel français de Phnom-Penh et "rehaussez de votre présence" (comme on dit sur les cartons d'invitation vieille France) le vernissage de l'exposition "Hervé Robillard. Pleinement là", ce 25 octobre à 18 h 30. Le travail présenté par Hervé tourne cette fois autour de la tête sculptée de Jayavarman VII, un des symbôles de l'art khmer de la fin du XIIème siècle et du début du XIIIème siècle.

Il faut avoir du souffle pour suivre Hervé Robillard. Si vous manquez d'entrainement, si vous ne courez pas assez vite, vous êtes condamnés à attendre son retour à Lille, aux premiers jours de mars. Et là il vous faudra patienter un peu. L'homme va comme toujours s'enfermer quelques semaines dans son laboratoire avant de nous révéler le fruit de ces mois passés au coeur de cet Orient lointain. Le printemps sera là.  On se retrouvera autour des photos d'Hervé (peut-être à Lille, peut-être à Arras, à Paris, ailleurs ?), et on se regardera, un peu émus, un peu contents aussi. Et avec un peu de chance, il y aura bien quelqu'un pour nous aider à redescendre sur terre et inviter tout le monde à boire une bière.

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01 septembre 2006

Les prolos de la braderie

Lille, le 1er septembre 2006 - C'est demain le grand jour, le rendez-vous annuel, l'événement médiatisé sur toutes les chaînes nationales, locales, transfrontalières, l'endroit où il faut se trouver pour être vraiment dans le coup : la bra-de-rie de Lille. La fête va durer toute la journée de samedi et toute la nuit, jusqu'à dimanche midi. Qu'il vente, qu'il pleuve ou que le soleil soit au rendez-vous, le résultat est garanti : cette année encore, deux millions de badauds vont envahir les rues, les trottoirs, les (rares) jardins publics, les boutiques, les troquets de la "capitale des Flandres". Haut les coeurs, donc...

Vue des coulisses, c'est un peu moins festif. Ainsi, depuis quatre jours, en bas de mon immeuble situé en centre-ville, des prolétaires de la braderie (comment les appeler autrement ?) campent sur le trottoir pour réserver leur place. Ils veulent être certains de pouvoir demain étaler sur deux mètres carrés les quelques bricoles qu'ils espèrent vendre au premier ou au cinquantième passant venu. Pour gagner quoi ? 50 euros ? 100 euros ? 200 euros ? Peut-être. Pour penser que cela mérite de vivre dans la rue pendant presque une semaine, il ne faut probablement pas rouler sur l'or.

Il y a aussi ceux qui n'ont rien à vendre, mais qui occupent le terrain pour quelqu'un d'autre, moyennant rémunération bien sûr. Ou moyennant rien du tout, car ils sont beau-frère ou cousin de celle ou celui qui samedi et dimanche tentera de gagner quelques billets. Et en famille, il faut bien s'entraider.

Bien sûr, il faut éviter de sombrer dans le misérabilisme ou l'ouvriérisme d'un autre temps. La traditionnelle braderie de Lille, c'est la fête, c'est le Nord joyeux, le Nord qui bouge, le Nord qui change, le Nord terre d'accueil et tout le toutim.

Pourtant, qu'on le veuille ou non et comme chaque année, il y aura la braderie d'en-haut et celle d'en-bas. D'une certaine façon, on reste bien dans l'esprit de la Braderie : à partir du XVème siècle, les bourgeois et patrons lillois donnaient leurs vieilleries à leurs domestiques en les autorisant à les vendre sur la place publique. La situation actuelle n'est guère meilleure. Les "bradeux" qui s'installent sur les trottoirs par nécessité - et non pas pour faire la fête, manger des moules-frites et se noyer sous la bière - vendent généralement leurs propres frusques ou leurs petits bibelots et non pas des vieux meubles ou des costumes d'occasion qu'un généreux donateur leur aurait cédé.

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25 septembre 2005

Lille : tout change, rien ne change

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Lille, 25 septembre 2005 - D'abord tu vois la Maison Folie de Wazemmes, ancienne filature transformée d'un coup de baguette magique en lieu "branché" de ce quartier populaire de Lille. La cave de l'usine est devenue un hammam, des voiles de métal enveloppent les murs de briques, les cardes et les métiers à tisser sont remplacés par les toiles et les sculptures des expositions, les ouvriers et les ouvrières ont cédé la place aux spectateurs. Tu te dis que décidément le Nord change et tant mieux.

Et puis, à vingt mètres de là, tu tombes sur le petit cirque installé sur une place aux allures de terrain vague. Un  tout petit cirque, sans barnum, sans tambour ni trompettes, avec trois ou quatre caravanes tristounettes. Une scène sortie tout droit d'un film d'un Bruno Dumont ou de La Strada. Du coup, tu te surprends à chercher Giulietta Massina annonçant à tue-tête "E arrivato Zampano ! E arrivato Zampano !". 
Et là, tu te dis que décidément le Nord ne change pas et tant mieux.

Posté par gazdamarko à 23:12 - Nouvelles du Nord - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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