04 novembre 2006
Parole d'anciens
Marrakech, le 28 octobre 2006 - Il faudrait pouvoir rester plus longtemps au coeur de la medina, s'asseoir devant les portes des maisons, et boire le thé avec les vieux. Peut-être parleraient-ils d'autrefois, de l'époque où la place Jemaa el Fna n'était pas encore pavée, du temps où les investisseurs n'avaient pas encore pris possession de la vieille ville pour y loger les touristes en quête de riads. Est-ce que ces vieux ont entendu parler du film de Rachid Bouchareb, "Indigènes" ? Pas sûr. Mais ils auraient certainement quelque chose à raconter sur ces années-là. Ces vieux qui semblent n'attendre personne, étaient-ils jadis princes ou porteurs d'eau ? Chameliers ou tailleurs ? Ont-ils toujours vécu à l'ombre de la Koutoubia ou connaissent-ils les minarets de Fès, de Meknès, de Sarajevo ou du Caire ? Leurs enfants, leurs petits-enfants, les amis de leurs amis ont-ils recueilli leurs histoires, leurs souvenirs ? Qui parle encore avec ces vieux, avec les anciens ? Il ne faut pas trop compter sur les livres pour connaître leurs secrets. Ici, comme à Bamako, à Nouakchott ou Cotonou, la mémoire est orale. Diction africain connu : un vieux qui meurt, c'est une bibliothèque qui disparaît.



