Le carnet de Gazda Marko

La vie quotidienne. La vie tout court. Les gens et les villes. Portraits et témoignages. Cartes postales. De France et d'ailleurs.

01 septembre 2006

Les prolos de la braderie

Lille, le 1er septembre 2006 - C'est demain le grand jour, le rendez-vous annuel, l'événement médiatisé sur toutes les chaînes nationales, locales, transfrontalières, l'endroit où il faut se trouver pour être vraiment dans le coup : la bra-de-rie de Lille. La fête va durer toute la journée de samedi et toute la nuit, jusqu'à dimanche midi. Qu'il vente, qu'il pleuve ou que le soleil soit au rendez-vous, le résultat est garanti : cette année encore, deux millions de badauds vont envahir les rues, les trottoirs, les (rares) jardins publics, les boutiques, les troquets de la "capitale des Flandres". Haut les coeurs, donc...

Vue des coulisses, c'est un peu moins festif. Ainsi, depuis quatre jours, en bas de mon immeuble situé en centre-ville, des prolétaires de la braderie (comment les appeler autrement ?) campent sur le trottoir pour réserver leur place. Ils veulent être certains de pouvoir demain étaler sur deux mètres carrés les quelques bricoles qu'ils espèrent vendre au premier ou au cinquantième passant venu. Pour gagner quoi ? 50 euros ? 100 euros ? 200 euros ? Peut-être. Pour penser que cela mérite de vivre dans la rue pendant presque une semaine, il ne faut probablement pas rouler sur l'or.

Il y a aussi ceux qui n'ont rien à vendre, mais qui occupent le terrain pour quelqu'un d'autre, moyennant rémunération bien sûr. Ou moyennant rien du tout, car ils sont beau-frère ou cousin de celle ou celui qui samedi et dimanche tentera de gagner quelques billets. Et en famille, il faut bien s'entraider.

Bien sûr, il faut éviter de sombrer dans le misérabilisme ou l'ouvriérisme d'un autre temps. La traditionnelle braderie de Lille, c'est la fête, c'est le Nord joyeux, le Nord qui bouge, le Nord qui change, le Nord terre d'accueil et tout le toutim.

Pourtant, qu'on le veuille ou non et comme chaque année, il y aura la braderie d'en-haut et celle d'en-bas. D'une certaine façon, on reste bien dans l'esprit de la Braderie : à partir du XVème siècle, les bourgeois et patrons lillois donnaient leurs vieilleries à leurs domestiques en les autorisant à les vendre sur la place publique. La situation actuelle n'est guère meilleure. Les "bradeux" qui s'installent sur les trottoirs par nécessité - et non pas pour faire la fête, manger des moules-frites et se noyer sous la bière - vendent généralement leurs propres frusques ou leurs petits bibelots et non pas des vieux meubles ou des costumes d'occasion qu'un généreux donateur leur aurait cédé.

Posté par gazdamarko à 12:52 - Nouvelles du Nord - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Tu crois que les gens qui vendent des fringues qu'ils ne mettent plus et les bibelots de la grand tante, gardés un temps par piété, mais qu'ils ne veulent plus voir, le font par nécessité, pour bouffer ? Moi je crois que c'est juste un moyen d'arrondir un peu les fins de mois ... Les gens vraiment dans le besoin n'ont rien chez eux à vendre : tout est indispensable ! Quand j'étais au lycée, les petites bourgeoises de ma classe vendaient leurs fringues de la saison précédente à leurs camarades moins friquées qui ne s'habillaient que de "seconde main" ...

Posté par bene, 07 septembre 2006 à 15:07

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