Le carnet de Gazda Marko

La vie quotidienne. La vie tout court. Les gens et les villes. Portraits et témoignages. Cartes postales. De France et d'ailleurs.

15 novembre 2005

Etat d'urgence au Flore

Paris, 15 novembre 2005 - Etat d'urgence en France. Sans rire. C'est même à pleurer.  On nous annonce pourtant un retour au calme en banlieue parisienne et dans tout le pays. Mais "état d'urgence" quand même. L'assemblée nationale a adopté aujourd'hui le projet de loi présenté par le gouvernement, destiné à prolonger de trois mois ce régime d'exception. La situation n'est peut-être pas désespérée pour autant. Prenez le Café de Flore, par exemple. Tout y est sous contrôle. Il faut dire aussi que la clientèle de ce quartier général de la faune germano-pratine n'a probablement qu'une vague idée de ce qui se passe dans ces cités perdues du nord de Paris ou de province. Il y a même fort à parier que la plupart de ces aimables consommateurs de café-crème n'ont jamais posé un doigt de pied à Clichy-sous-Bois, à La Courneuve ou à  Vaulx-en-Velin. C'est qu'en ces jours d'état d'urgence ils ont autre chose à faire. Ici on se félicite du Goncourt attribué à François Weyergans, on commente gentiment la nouvelle formule du Monde, on s'échange d'un air gourmand les derniers potins. F. B. est heureux de rencontrer L. A. appuyé contre le comptoir. Sous la verrière, face au boulevard Saint-Germain,  S.R. fait semblant d'écouter sa voisine. Pardon pour ces initiales un peu frustrantes, mais ces célébrités prennent grand soin à s'abriter derrière des lunettes noires, alors on ne peut quand même pas révéler sauvagement leur identité. Même si bien entendu tout le monde ici connait tout le monde.

En début de soirée, état d'urgence encore. Le Flore ne désemplit pas. C'est la sortie des bureaux et  l'heure où tout ce que le quartier compte de personnages convaincus de leur  importance se donne rendez-vous "au Flore" pour boire un verre, histoire d'arranger une petite ou une grosse affaire. Le spectacle est un peu pitoyable. Comme celui qu'offre ce type plutôt petit et bedonnant, en costume à rayures, téléphone collé à l'oreille, qui arpente le trottoir en s'adressant à Dieu sait qui, tout en faisant bien comprendre au monde entier qu'il n'est pas là en touriste mais qu'il attend quelqu'un.

Pendant ce temps-là, en banlieue, état d'urgence toujours. Ces banlieues françaises dont Libération de ce jour nous apprend que la très académicienne Hélène Carrère d'Encausse a peint un portrait édifiant au cours d'une interview à la télévision russe. "Ces gens, explique t-elle, viennent directement de leurs villages africains (...). Pourquoi les enfants africains sont dans la rue et pas à l'école ? Pourquoi leurs parents ne peuvent pas acheter un appartement ? C'est clair, pourquoi : beaucoup de ces Africains, je vous le dis, sont polygames. Dans un appartement, il y a trois ou quatre femmes et 25 enfants. Ils sont tellement bondés que ce ne sont plus des appartements, mais Dieu sait quoi !".  Là ce n'est pas à l'état d'urgence qu'il faut recourir : c'est aux "urgences" qu'il faut courir !

Posté par gazdamarko à 14:51 - Le Tintin quotidien - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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