Le carnet de Gazda Marko

La vie quotidienne. La vie tout court. Les gens et les villes. Portraits et témoignages. Cartes postales. De France et d'ailleurs.

10 septembre 2005

Sarajeviennes

Lille 10 septembre 2005 - Il y a quelque temps, après trois années de séjour à Sarajevo, j'écrivais ceci :

"Tous les soirs c'est la même chose. Jeunes et vieux se retrouvent vers 18 heures rue Ferhadija et bras dessus, bras dessous, jusqu'à 22 heures ou plus ils arpentent cette rue piétonnière. La seule de Sarajevo. Elle commence dans la ville austro-hongroise, au pied de la flamme éternelle qui rappelle la libération de la ville en 1945 par les troupes yougoslaves, et s'enfonce jusqu'à la fontaine et la mosquée de la place Bascarsija, à deux pas de la Grande Bibliothèque détruite par les troupes serbes en 1992. Bien plus qu'une habitude, cette promenade quotidienne est une obligation sociale. Un rituel. On vient là pour voir et être vu. On croise des voisins, des collègues de classe ou de boulot, des amis d'hier, des ennemis d'aujourd'hui. On se donne rendez-vous au départ de la rue et on fixe même parfois le nombre d'aller-retours que l'on prévoit de faire ensemble. Mais les plus jeunes ne comptent pas et marchent souvent jusqu'au milieu de la nuit. Et là, chaque soir, on est sûr de les rencontrer. Belles et fières, elles vont et viennent sous le regard des hommes. Elles s'appellent Lejla, Amra, Dunja, Zehra ou Azra. Elles ont vingt-cinq ou trente ans. Pas vieilles donc, mais leur enfance est morte pendant les années de guerre. Aujourd'hui leur vie passe, entre rires et soupirs.

Il y a celles qui sont parties. Parties vraiment ou parties juste un peu. A Munich, à Graz, à Anvers ou à Paris. On les reconnaît facilement. Elles disent toujours qu'il n'y a pas de problème. Elles parlent du temps qu'il fait, elles attendent le printemps, elles racontent qu'autrefois là-bas, et caetera.

L'histoire des filles de Sarajevo est triste".

Voilà donc ce que j'écrivais... Mal m'en a pris. Quelques Sarajéviennes se sont en effet rebellées. "Tu n'as donc rien compris ! Nous ne sommes pas tristes voyons !".  Certes belles amies, vous n'êtes pas tristes ! Et je n'ai jamais rien écris de tel. C'est votre histoire que je trouve triste. J'aimerais tellement me tromper...

Posté par gazdamarko à 10:54 - Balkans transit - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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