Le carnet de Gazda Marko

La vie quotidienne. La vie tout court. Les gens et les villes. Portraits et témoignages. Cartes postales. De France et d'ailleurs.

14 février 2007

Point final

Lille, le 14 février 2007 - Rien à voir avec la Saint-Valentin : je mets ce jour un point final à ce blog. Il faut être lucide : 95 % des blogs ne sont jamais lus. Pourtant, la multiplication des blogs est un des phénomènes les plus importants de ces dernières années en matière de communication. Les Français sont d'ailleurs particulièrement productifs en la matière. Besoin de s'exprimer, besoin d'écrire, besoin de montrer, de commenter. Besoin d'appartenir à la nouvelle communauté des "blogueurs" peut-être aussi. Mais si l'on décide de publier (et le blog est une forme de publication) c'est pour être lu. Et dans ce cas bien sûr on s'efforce d'écrire pour être lu. Le blog n'est pas (ne devrait pas) être un journal intime que l'on rédige en cachette et que l'on garde précieusement dans un tiroir.

Or, force est de constater que ce blog, ce Carnet de Gazda Marko, n'est pas lu, ou presque pas. Les statistiques de consultation sont sans appel : 4500 visiteurs et 10 000 pages vues environ depuis la création de ce blog voici trois ans. C'est bien peu. Certes, les visiteurs habitent en Chine, au Vietnam, au Brésil, en France, aux Etats-Unis, en Bosnie-Herzégovine, au Pérou, en Grèce, et j'en passe. Mais la plupart découvrent ce blog en tapant "Sarajevo" sur Google. Ils visionnent alors l'album photo sur les Balkans et zappent. Si ces images intéressent quelques curieux, tant mieux et c'est la raison pour laquelle je n'irai pas jusqu'à détruire ce bien modeste blog. Mais ce n'est pas suffisant, à mon sens, pour continuer à l'alimenter. Ce qui est intéressant dans le blog, c'est l'interactivité. Aussi, mieux vaut en rester là et ne pas encombrer davantage la blogosphère. Mais cette expérience m'a amusé et peut-être créerai-je dans quelque temps un autre blog, centré sur une thématique plus propice à susciter des commentaires, des débats, du dialogue.

Gazda Marko vous salue bien !

Posté par gazdamarko à 18:27 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 novembre 2006

Parole d'anciens

IMG_1923

Marrakech, le 28 octobre 2006 - Il faudrait pouvoir rester plus longtemps au coeur de la medina, s'asseoir devant les portes des maisons, et boire le thé avec les vieux. Peut-être parleraient-ils d'autrefois, de l'époque où la place Jemaa el Fna n'était pas encore pavée, du temps où les investisseurs n'avaient pas encore pris possession de la vieille ville pour y loger les touristes en quête de riads. Est-ce que ces vieux ont entendu parler du film de Rachid Bouchareb, "Indigènes" ? Pas sûr. Mais ils auraient certainement quelque chose à raconter sur ces années-là. Ces vieux qui semblent n'attendre personne, étaient-ils jadis princes ou porteurs d'eau ? Chameliers ou tailleurs ? Ont-ils toujours vécu à l'ombre de la Koutoubia ou connaissent-ils les minarets de Fès, de Meknès, de Sarajevo ou du Caire ? Leurs enfants, leurs petits-enfants, les amis de leurs amis ont-ils recueilli leurs histoires, leurs souvenirs ? Qui parle encore avec ces vieux, avec les anciens ? Il ne faut pas trop compter sur les livres pour connaître leurs secrets. Ici, comme à Bamako, à Nouakchott ou Cotonou, la mémoire est orale. Diction africain connu : un vieux qui meurt, c'est une bibliothèque qui disparaît.

Posté par gazdamarko à 13:11 - Si près, si loin - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 septembre 2006

Courir derrière Hervé Robillard

PhP

Lille, le 25 septembre 2006 - Hervé Robillard est photographe. Son travail, tout en délicatesse, nous invite notamment à mieux observer la relation entre matière et lumière. Et, comme les feuilles des marronniers qui toujours tombent à l'automne, Hervé fait son sac pour, comme chaque année à cette saison, quitter Lille et aller chercher la paix et l'inspiration sous les cieux asiatiques. Dans quelques jours, il sera à Bangkok, et bientôt à Phnom-Penh.

Vous ne connaissez pas encore Hervé ? Vous avez raté, ce 22 septembre, le vernissage de sa dernière exposition au Quai de la Batterie à Arras (un travail sur le Memorial Britannique, résultat d'une résidence d'artiste sur place, et visible jusqu'au 13 octobre) ? Vous n'avez pas pu vous rendre en juillet dernier à Bangkok pour découvrir le travail d'Hervé dans le cadre de l'exposition internationale "The suspended moment" au Tadu Contemporary Art ? Pas vu non plus en 2005 l'exposition à la galerie Ississ à Kyoto ? Vous ignorez tout des images splendides réalisées à Sarajevo et montrées notamment en 2003 à la Galerie Le Lys,  à Paris, ou à la Galerie Point Barre à Lille ? ... Vous êtes évidemment impardonnable, mais il vous reste une petite chance de vous rattraper : courez sans tarder au Centre culturel français de Phnom-Penh et "rehaussez de votre présence" (comme on dit sur les cartons d'invitation vieille France) le vernissage de l'exposition "Hervé Robillard. Pleinement là", ce 25 octobre à 18 h 30. Le travail présenté par Hervé tourne cette fois autour de la tête sculptée de Jayavarman VII, un des symbôles de l'art khmer de la fin du XIIème siècle et du début du XIIIème siècle.

Il faut avoir du souffle pour suivre Hervé Robillard. Si vous manquez d'entrainement, si vous ne courez pas assez vite, vous êtes condamnés à attendre son retour à Lille, aux premiers jours de mars. Et là il vous faudra patienter un peu. L'homme va comme toujours s'enfermer quelques semaines dans son laboratoire avant de nous révéler le fruit de ces mois passés au coeur de cet Orient lointain. Le printemps sera là.  On se retrouvera autour des photos d'Hervé (peut-être à Lille, peut-être à Arras, à Paris, ailleurs ?), et on se regardera, un peu émus, un peu contents aussi. Et avec un peu de chance, il y aura bien quelqu'un pour nous aider à redescendre sur terre et inviter tout le monde à boire une bière.

Posté par gazdamarko à 07:27 - Nouvelles du Nord - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 septembre 2006

Pas de grille de rentrée pour Radio Liban

Lille, le 8 septembre 2006 - "C'est la rentrée". Air connu. La rentrée à l'école, la rentrée dans les entreprises, la rentrée sur les ondes aussi. En France, les radios périphériques, locales, musicales, indépendantes ou non, nous distillent des"grilles de rentrée" spécialement mijotées à l'attention des auditeurs bronzés et reposés. Moi, c'est la "rentrée" de Radio Liban qui m'intéresse. A Beyrouth, il y a une petite équipe de journalistes, d'animateurs et de techniciens qui tous les jours font de la radio en français. Une bonne programmation musicale et un peu d'information, même si le contrôle du ministère libanais de l'information reste trop lourd. En 2004, je suis allé leur rendre visite. J'ai passé auprès d'eux quelques journées passionnantes.

Ces dernières semaines, j'ai bien sûr pensé à Radio Liban, à sa directrice Michèle de Freige et à ses collaborateurs. Je me suis demandé si les bombes israëliennes avaient détruits les studios ou les émetteurs. J'ai appris que la journaliste française qui travaillait comme coopérante auprès de la rédaction n'avait pas été autorisée par l'ambassade à rester en poste. Une fois de plus, comme dans les années 70 ou 80, la radio a du vivre des heures éprouvantes. Mais il en faut manifestement plus pour faire taire cette petite station francophone et aujourd'hui Radio Liban est toujours là. Pour la rédaction,  il n'y a pas plus de "rentrée" que de "grille de rentrée". Il y a simplement cette petite musique : la vie qui continue. Alors si vous avez cinq minutes,vous pouvez peut-être envoyer un petit message à Beyrouth, histoire de les encourager, de les remercier pour leur tenacité.

Posté par gazdamarko à 18:14 - Si près, si loin - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 septembre 2006

Les prolos de la braderie

Lille, le 1er septembre 2006 - C'est demain le grand jour, le rendez-vous annuel, l'événement médiatisé sur toutes les chaînes nationales, locales, transfrontalières, l'endroit où il faut se trouver pour être vraiment dans le coup : la bra-de-rie de Lille. La fête va durer toute la journée de samedi et toute la nuit, jusqu'à dimanche midi. Qu'il vente, qu'il pleuve ou que le soleil soit au rendez-vous, le résultat est garanti : cette année encore, deux millions de badauds vont envahir les rues, les trottoirs, les (rares) jardins publics, les boutiques, les troquets de la "capitale des Flandres". Haut les coeurs, donc...

Vue des coulisses, c'est un peu moins festif. Ainsi, depuis quatre jours, en bas de mon immeuble situé en centre-ville, des prolétaires de la braderie (comment les appeler autrement ?) campent sur le trottoir pour réserver leur place. Ils veulent être certains de pouvoir demain étaler sur deux mètres carrés les quelques bricoles qu'ils espèrent vendre au premier ou au cinquantième passant venu. Pour gagner quoi ? 50 euros ? 100 euros ? 200 euros ? Peut-être. Pour penser que cela mérite de vivre dans la rue pendant presque une semaine, il ne faut probablement pas rouler sur l'or.

Il y a aussi ceux qui n'ont rien à vendre, mais qui occupent le terrain pour quelqu'un d'autre, moyennant rémunération bien sûr. Ou moyennant rien du tout, car ils sont beau-frère ou cousin de celle ou celui qui samedi et dimanche tentera de gagner quelques billets. Et en famille, il faut bien s'entraider.

Bien sûr, il faut éviter de sombrer dans le misérabilisme ou l'ouvriérisme d'un autre temps. La traditionnelle braderie de Lille, c'est la fête, c'est le Nord joyeux, le Nord qui bouge, le Nord qui change, le Nord terre d'accueil et tout le toutim.

Pourtant, qu'on le veuille ou non et comme chaque année, il y aura la braderie d'en-haut et celle d'en-bas. D'une certaine façon, on reste bien dans l'esprit de la Braderie : à partir du XVème siècle, les bourgeois et patrons lillois donnaient leurs vieilleries à leurs domestiques en les autorisant à les vendre sur la place publique. La situation actuelle n'est guère meilleure. Les "bradeux" qui s'installent sur les trottoirs par nécessité - et non pas pour faire la fête, manger des moules-frites et se noyer sous la bière - vendent généralement leurs propres frusques ou leurs petits bibelots et non pas des vieux meubles ou des costumes d'occasion qu'un généreux donateur leur aurait cédé.

Posté par gazdamarko à 12:52 - Nouvelles du Nord - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 août 2006

Bosnie : les apparences européennes

Sarajevo, le 16 août 2006 - Match de foot amical France/Bosnie ce soir. La ville est en effervescence. On dit que 60 000 billets ont été vendus... pour 30 000 places disponibles dans le grand stade. Des groupes de jeunes surexcités défilent, drapeaux de la Bosnie à bout de bras, et hurlent des slogans qui promettent la victoire. Des supporters braillards, comme on en voit ailleurs en Europe.

Comme toujours à cette époque de l'année, les terrasses des cafés sont noires de monde. La diaspora bosniaque est venue rendre visite à la famille restée sur place et fait marcher le commerce. Davantage en tout cas que les touristes en sandales et sac à dos, "qui ne dépensent rien" selon un vendeur d'artisanat local.

Soleil et bonne humeur estivale, pourrait-on dire. La situation n'est pourtant pas vraiment souriante. Le Haut représentant de l'Union Européenne a changé. Exit l'Anglais Paddy Ashdown. Place à l'Allemand Christian Schwarz-Schilling, 76 ans. Un vieil homme, là où il faut de l'énergie pour prendre des décisions et indiquer clairement une direction à suivre. Les élections prévues pour l'automne s'annoncent une fois de plus catastrophiques. Les partis nationalistes tiennent tête à la "communauté internationale" qui, à l'occasion de ce scrutin, se contentera sans doute encore de l'apparence de la démocratie. Les plus pessimistes évoquent une partition de la Bosnie-Herzégovine. Il faut dire que l'indépendance toute fraîche du Montenegro voisin a renforcé les Serbes de Bosnie dans leur intention de faire sécession.

Autre dossier qui piétine : l'enseignement. Dans la région de Stolac, par exemple, la division ethnique et religieuse est de règle dans les écoles. Les petits bosniaques-musulmans n'ont guère de chance de fréquenter des petits croates-catholiques. Chacun chez soi, et pas seulement à l'école d'ailleurs. Bon nombre de responsables de la fameuse "communauté internationale" font mine de ne pas voir, ou de ne plus voir cette réalité. En l'occurrence, la "communauté internationale", c'est essentiellement l'Union européenne aujourd'hui en Bosnie. Alors, que fait l'Europe ? Imposer aux conducteurs bosniens de rouler codes allumés est sans aucun doute une bonne initiative. Mais ne serait-ce pas un peu court ?

Posté par gazdamarko à 11:35 - Balkans transit - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 août 2006

L'autre grand-père

Marcel_Lasoen


Lille, le 20 août 2006 - Ce blog n'est pas un journal intime. Je m'efforce de ne pas raconter ma vie. Aussi, m'autorisera t-on peut-être cette confession. Je savais que j'avais un "autre grand-père". Le père de ma mère. Un inconnu car, pour avoir quitté sa femme et ses enfants peu avant la Seconde guerre mondiale, il a en quelque sorte été rayé de l'arbre généalogique familial. Voici une vingtaine d'années, j'ai appris qu'il venait de mourir. Mais, à l'époque, pas un mot de plus. Parler de lui semblait inconvenant...

Voici quelques semaines, j'ai découvert avec émotion quelques photos de cet homme, né en Belgique et enterré à Grand-Fort-Philippe, près de Dunkerque. Ma mère et ma soeur lui ressemblent étonnamment. Il s'appelait Marcel Lasoen. Il est photographié ici en 1928, le jour de son mariage avec Blanche, ma grand-mère maternelle. Mon souhait est que, grâce au Net, à Google et autres moteurs de recherche, il sorte un peu de l'oubli.

Posté par gazdamarko à 16:35 - Perso, ma non troppo - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 août 2006

Finies les "cartes postales", place au "carnet"

Lille, 4 août 2006 - Les "Cartes postales de Gazda Marko", publiées jusqu'au 4 janvier dernier, deviennent à compter d'aujourd'hui "Le carnet Gazda Marko". Moins "d'ailleurs" peut-être dans les messages à venir. Plus de "quotidien" sans doute. Des observations, des histoires, des commentaires inspirés par l'observation de nos petites vies.

Mais dans l'immédiat, départ pour Zagreb, Brac, Zabljak (Montenegro) et Sarajevo. Nouvelle descente vers les Balkans quoi ! Et retour sur ce blog à la rentrée.

Posté par gazdamarko à 12:53 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 janvier 2006

Tuk tuk mâle ou tuk tuk femelle ?

Laos, 4 janvier 2006 – Appel de détresse de V., une amie voyageuse qui établit généralement ses quartiers d'hiver en Asie.

Son message reçu hier :

"Un chauffeur de tuk tuk lao qui se débrouille de mieux en mieux en anglais et français m’a demandé : "vous dites en français UNE montre: comment reconnaissez-vous qu’elle est féminine ?". Là-dessus, il sort sa montre et me demande à quoi on voit qu’une montre est une dame alors que son tuk tuk est un monsieur…

Putain, évidemment je lui ai répondu que ça ne se voyait pas sur les objets. Là, il était désemparé car je n ai pas su lui donner la "recette" pour ne plus se tromper entre « un » et « une ». Alors il m'a demandé si des fois moi aussi - comme lui - je me trompais entre «un » et « une ». J’ai dit "jamais" et il m’a demandé pourquoi. J’ai répondu qu’on apprenait ça à l’école, et alors il m’a demandé où le prof apprenait çà, car « si c’est le prof qui t’apprend, qui lui a appris ? »…

MISERE... Heureusement qu'on quitte le Laos demain...".

 

Posté par gazdamarko à 07:42 - Si près, si loin - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 décembre 2005

Recherche une Peugeot verte

img_1167


Bamako, 14 décembre 2005 - "J'ai garé ma voiture dans le coin, mais je ne la trouve plus. Vous ne savez pas où elle est ?  C'est une 404 Peugeot de couleur verte..."

Posté par gazdamarko à 18:57 - Tout en images - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 décembre 2005

Avoir un visa ou pas

Bamako, 12 décembre 2005 - Le Palais des Congrès qui abritait voici quelques jours encore le Sommet Afrique-France est en plein nettoyage. Mais "Le Sommet" alimente encore toutes les conversations. Chirac a promis des visas pour tous les artistes africains. Ibrahim fabrique et vend des bijoux touaregs sur le marché. "Moi aussi je suis un artiste non ? Alors on va m'accorder plus facilement un visa désormais ?". Chirac a aussi promis des visas pour les Africains dont la profession a pour nature "l'échange". Haby est journaliste dans un des petits hebdomadaires du pays.. "Bien sûr pour exercer mon métier j'ai besoin d'échanger, de rencontrer des confrères, des partenaires, dans les pays voisins mais aussi en France. Tu crois que ce sera plus facile maintenant ?".

Au bord du Niger, le siège de la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest a des allures de forteresse sahélienne. C'est de loin le principal bâtiment de la capitale malienne. Le matin, vers 9 heures, les voitures des employés en col blanc font la queue à l'entrée et se plient aux exigences du contrôle de sécurité. A deux pas de là, des gamins vendent à la sauvette des cartes téléphoniques. Pour chaque carte de 5000 CFA, ils empochent 200 CFA (30 centimes d'euro). Et évidemment il est bien difficile de vendre une de ces cartes. Pourtant, grâce à elles, les habitants des zones rurales où le téléphone filaire est pratiquement absent, peuvent appeler le cousin ou l'oncle établi en France ou ailleurs pour lui demander d'envoyer un peu plus d'argent que d'habitude à la fin du mois.

De l'autre côté du fleuve, le campus universitaire est tristement planté sur une sorte de colline du Savoir qui ferait face à la colline du Pouvoir où trône le palais présidentiel. Des étudiants pianotent sagement devant des écrans plats d'ordinateurs offerts par l'Agence universitaire de la francophonie. On s'aperçoit rapidement que leurs travaux consistent pour bon nombre d'entre eux à consulter leur messagerie électronique. Peut-être envoient-ils des messages à leurs correspondants, de l'autre côté du Sahara et de la Méditerranée. "Chirac nous a dit que pour les universitaires il y  aura des visas à gogo, alors je vais me dépêcher d'obtenir mon diplôme...".

Petite promenade à quelques kilomètres de là, à Kati. Une dame déjà âgée et aux yeux vifs, vient voir la directrice de la radio locale. C'est une radio "communautaire", et donc au nom de la "communauté", la  dame demande à la radio de diffuser des programmes qui permettraient aux auditeurs d'apprendre un peu le français. Rares sont ceux dans ce village qui parlent une autre langue que le bambara. Devant le siège de la radio, un adolescent photographie les visiteurs avec son téléphone portable. A ses côtés une femme en tenue traditionnelle, panier de bananes sur la tête, observe la scène. Elle n'a certainement pas de téléphone mobile, pas d'ordinateur, pas d'appareil photo et ne maîtrise aucune langue dite de "circulation internationale". D'ailleurs elle ne circulera pas car elle ne demandera sans doute jamais de visa.

Posté par gazdamarko à 06:31 - Si près, si loin - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 novembre 2005

Etat d'urgence au Flore

Paris, 15 novembre 2005 - Etat d'urgence en France. Sans rire. C'est même à pleurer.  On nous annonce pourtant un retour au calme en banlieue parisienne et dans tout le pays. Mais "état d'urgence" quand même. L'assemblée nationale a adopté aujourd'hui le projet de loi présenté par le gouvernement, destiné à prolonger de trois mois ce régime d'exception. La situation n'est peut-être pas désespérée pour autant. Prenez le Café de Flore, par exemple. Tout y est sous contrôle. Il faut dire aussi que la clientèle de ce quartier général de la faune germano-pratine n'a probablement qu'une vague idée de ce qui se passe dans ces cités perdues du nord de Paris ou de province. Il y a même fort à parier que la plupart de ces aimables consommateurs de café-crème n'ont jamais posé un doigt de pied à Clichy-sous-Bois, à La Courneuve ou à  Vaulx-en-Velin. C'est qu'en ces jours d'état d'urgence ils ont autre chose à faire. Ici on se félicite du Goncourt attribué à François Weyergans, on commente gentiment la nouvelle formule du Monde, on s'échange d'un air gourmand les derniers potins. F. B. est heureux de rencontrer L. A. appuyé contre le comptoir. Sous la verrière, face au boulevard Saint-Germain,  S.R. fait semblant d'écouter sa voisine. Pardon pour ces initiales un peu frustrantes, mais ces célébrités prennent grand soin à s'abriter derrière des lunettes noires, alors on ne peut quand même pas révéler sauvagement leur identité. Même si bien entendu tout le monde ici connait tout le monde.

En début de soirée, état d'urgence encore. Le Flore ne désemplit pas. C'est la sortie des bureaux et  l'heure où tout ce que le quartier compte de personnages convaincus de leur  importance se donne rendez-vous "au Flore" pour boire un verre, histoire d'arranger une petite ou une grosse affaire. Le spectacle est un peu pitoyable. Comme celui qu'offre ce type plutôt petit et bedonnant, en costume à rayures, téléphone collé à l'oreille, qui arpente le trottoir en s'adressant à Dieu sait qui, tout en faisant bien comprendre au monde entier qu'il n'est pas là en touriste mais qu'il attend quelqu'un.

Pendant ce temps-là, en banlieue, état d'urgence toujours. Ces banlieues françaises dont Libération de ce jour nous apprend que la très académicienne Hélène Carrère d'Encausse a peint un portrait édifiant au cours d'une interview à la télévision russe. "Ces gens, explique t-elle, viennent directement de leurs villages africains (...). Pourquoi les enfants africains sont dans la rue et pas à l'école ? Pourquoi leurs parents ne peuvent pas acheter un appartement ? C'est clair, pourquoi : beaucoup de ces Africains, je vous le dis, sont polygames. Dans un appartement, il y a trois ou quatre femmes et 25 enfants. Ils sont tellement bondés que ce ne sont plus des appartements, mais Dieu sait quoi !".  Là ce n'est pas à l'état d'urgence qu'il faut recourir : c'est aux "urgences" qu'il faut courir !

Posté par gazdamarko à 14:51 - Le Tintin quotidien - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 septembre 2005

Lille : tout change, rien ne change

img_1096

img_1097

Lille, 25 septembre 2005 - D'abord tu vois la Maison Folie de Wazemmes, ancienne filature transformée d'un coup de baguette magique en lieu "branché" de ce quartier populaire de Lille. La cave de l'usine est devenue un hammam, des voiles de métal enveloppent les murs de briques, les cardes et les métiers à tisser sont remplacés par les toiles et les sculptures des expositions, les ouvriers et les ouvrières ont cédé la place aux spectateurs. Tu te dis que décidément le Nord change et tant mieux.

Et puis, à vingt mètres de là, tu tombes sur le petit cirque installé sur une place aux allures de terrain vague. Un  tout petit cirque, sans barnum, sans tambour ni trompettes, avec trois ou quatre caravanes tristounettes. Une scène sortie tout droit d'un film d'un Bruno Dumont ou de La Strada. Du coup, tu te surprends à chercher Giulietta Massina annonçant à tue-tête "E arrivato Zampano ! E arrivato Zampano !". 
Et là, tu te dis que décidément le Nord ne change pas et tant mieux.

Posté par gazdamarko à 23:12 - Nouvelles du Nord - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 septembre 2005

Sarajeviennes

Lille 10 septembre 2005 - Il y a quelque temps, après trois années de séjour à Sarajevo, j'écrivais ceci :

"Tous les soirs c'est la même chose. Jeunes et vieux se retrouvent vers 18 heures rue Ferhadija et bras dessus, bras dessous, jusqu'à 22 heures ou plus ils arpentent cette rue piétonnière. La seule de Sarajevo. Elle commence dans la ville austro-hongroise, au pied de la flamme éternelle qui rappelle la libération de la ville en 1945 par les troupes yougoslaves, et s'enfonce jusqu'à la fontaine et la mosquée de la place Bascarsija, à deux pas de la Grande Bibliothèque détruite par les troupes serbes en 1992. Bien plus qu'une habitude, cette promenade quotidienne est une obligation sociale. Un rituel. On vient là pour voir et être vu. On croise des voisins, des collègues de classe ou de boulot, des amis d'hier, des ennemis d'aujourd'hui. On se donne rendez-vous au départ de la rue et on fixe même parfois le nombre d'aller-retours que l'on prévoit de faire ensemble. Mais les plus jeunes ne comptent pas et marchent souvent jusqu'au milieu de la nuit. Et là, chaque soir, on est sûr de les rencontrer. Belles et fières, elles vont et viennent sous le regard des hommes. Elles s'appellent Lejla, Amra, Dunja, Zehra ou Azra. Elles ont vingt-cinq ou trente ans. Pas vieilles donc, mais leur enfance est morte pendant les années de guerre. Aujourd'hui leur vie passe, entre rires et soupirs.

Il y a celles qui sont parties. Parties vraiment ou parties juste un peu. A Munich, à Graz, à Anvers ou à Paris. On les reconnaît facilement. Elles disent toujours qu'il n'y a pas de problème. Elles parlent du temps qu'il fait, elles attendent le printemps, elles racontent qu'autrefois là-bas, et caetera.

L'histoire des filles de Sarajevo est triste".

Voilà donc ce que j'écrivais... Mal m'en a pris. Quelques Sarajéviennes se sont en effet rebellées. "Tu n'as donc rien compris ! Nous ne sommes pas tristes voyons !".  Certes belles amies, vous n'êtes pas tristes ! Et je n'ai jamais rien écris de tel. C'est votre histoire que je trouve triste. J'aimerais tellement me tromper...

Posté par gazdamarko à 10:54 - Balkans transit - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 août 2005

Des tramways, des tramways, toujours des tramways

dsc00605

Paris, 29 août 2005 - Personne n'est obligé de me croire, mais je me suis intéressé aux tramways de Sarajevo bien avant Jacques Ferrandez. Mais soyons bon prince : son album "Les tramways de Sarajevo" (Ed. Casterman) est un petit bijou. Le tram ci-dessus circulait encore en 2003 : Zajedno za Bosna ("ensemble pour la Bosnie"). En 2004, un tram évoquant "Notre Musique", le film de Godard, tourné à Sarajevo, a commencé à circuler en ville. Un peu plus tard, c'est un tramway aux couleurs de l'entente cordiale franco-britannique qui lui aurait, parait-il, emboîté le pas. Mais là, franchement, je demande à voir pour le croire.

Posté par gazdamarko à 10:49 - Balkans transit - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 août 2005

L'Europe des tramways (6)

img_1059

img_1060

Bonn, 27 août 2005 - Dans l'ex-capitale allemande on peut traverser le Rhin à pied, en voiture ou en tramway. Des trams de caractère,  à mi-chemin entre les tramways déglingués des pays "de l'Est" dans les années 90, et ceux ultra-modernes et trop silencieux de Strasbourg ou de Bordeaux.

Pour ceux qui auraient raté les épisodes précédents, voir la série de messages "L'Europe des tramways" de février 2005. Car l'Europe des tramways existe bien sûr. Une Europe jeune ou vieille, mais autrement plus exaltante que l'Europe de Bruxelles ...

Posté par gazdamarko à 23:53 - Tout en images - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 août 2005

Circulez, il n'y a rien à voir

oslobodjenje_nb

 C'était le siège d'Oslobodjenje, le quotidien symbole de la résistance des assiégés de Sarajevo face à l'agression des troupes de Milosevic, Mladic, Karadzic. La tour qui abritait une partie du journal a été pilonnée en juin 1992 et réduite au millefeuilles de béton que l'on voit sur cette photo. Pourtant, pendant la guerre, pendant le siège de la ville, le journal a continué à paraître. En 2003, le siège d'Oslobodjenje abritait toujours la rédaction.

Mais en 2005, circulez, il n'y a plus rien à voir. Triste après-guerre : le bâtiment a été racheté par un nouveau quotidien avide de sensationnel. La tour meurtrie a été remplacée par deux tours jumelles de verre et de béton.  La reconstruction est en marche, puisqu'on vous le dit.  

Posté par gazdamarko à 10:41 - Balkans transit - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 août 2005

Le Viêt-Nam d'hier, bla bla, et d'aujourd'hui bla bla bla

Hanoi, 3 août 2005 – Tout foutrait donc le camp au pays de l’Oncle Ho (lequel n’est évidemment plus là pour veiller au grain) ? Le casque de bo doi, couleur kaki, fabriqué voici encore quelques années en bois de latanier, est aujourd’hui en plastique. Plus grave : l’empereur Daewoo a pris le pouvoir ici, comme un peu partout. Hôtel Daewoo, petites bagnoles Daewoo faisant généralement fonction de taxi, téléviseurs Daewoo, encarts publicitaires Daewoo... Et pour ceux qui n’auraient pas encore bien compris, les touristes coréens débarquent en grappes dans ce Viêt-Nam sur lequel ils semblent jeter un regard un peu condescendant.

Près du Sheraton – car pour les amateurs de dépaysement il y a désormais à Hanoi un Sheraton, un Sofitel, un Hilton – un « bar à vins » propose un Petrus 1982 à 2800 dollars (38 750 000 dongs vietnamiens) sans rire et en secouant la bouteille comme un Orangina.

Finies ou presque les courses en cyclo-pousse, détroné par les petites motos qui, comme à Saigon, envahissent rues et trottoirs. Ce que les touristes ont sans doute perdu en image d’Epinal, les Hanoiens l’ont gagné en liberté.

Le Viêt-Nam, bla bla bla pays membre bla bla de l’Organisation Internationale de la bla bla Francophonie bla bla. Mouais... La première langue étrangère pratiquée ici est d’abord l’anglais. Le cinéma le plus moderne de la ville vient d’acheter les droits de Star Wars III. Succès assuré. La jeunesse ici n’a pas grand chose à faire des consignes d’autrefois et ne fuit donc pas le modèle américain. 90 pour cent des films étrangers diffusés au Viêt-Nam sont américains. Les autres sont asiatiques.

Bon c’est vrai tout change, mais rien ne change. Les villas de l’ancienne ville coloniale aux murs ocres et volets verts. Les vieux à blanche barbiche plongés dans le journal face au lac Hoan Kiem. La chaleur humide des jours et des nuits d’été. Les pho délicieux dégustés sur un coin de trottoir (mais on trouve aussi avenue Ba Trieu un restaurant de pho presque aussi clean qu’un restaurant japonais). Cette douceur dans les couleurs. Les séances de tai chi à six heures du matin au bord du lac de l’Ouest. Les jeunes filles à vélo, fieres et droites, gantées jusqu’aux épaules par peur du soleil. Les femmes à pied, dignes mais courbées sous le poids de leur balancier chargé de fruits du dragon, de pommes-cannelle ou de bananes. Hanoi reste Hanoi, et la vita e bella !

Posté par gazdamarko à 11:45 - Si près, si loin - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 juillet 2005

14 juillet, mode d'emploi

Dranouter (Belgique), 14 juillet 2005 - D'abord prendre un train en gare de Lille-Flandres jusqu'à Bailleul. Embarquer le vélo sur le train. A Bailleul pédaler en direction du Mont Noir pendant une dizaine de kilomètres, puis bifurquer sur la droite. Et là, si tout se passe bien, on arrive à Dranouter. Dranouter, ses quelques centaines d'âmes flamandes, ses fermes revues et corrigées façon auberges et ses estaminets où l'on sait encore picoler et rigoler. Tremper sa saucisse sèche dans sa chope de bière et se saoûler de senteurs de saison.

"Le Barbier", "Halve Man" (Demi-Lune), Den Ekster (La Pie)... Quel que soit le bistrot la carte des bières belges invite au plaisir. Empoigner une "Queue de charrue", avoir la tête qui tourne grâce à "L'Abeille ivre", découvrir la "Bourgogne des Flandres". C'est clair : on sait vivre ici.

Quelques verres et quelques tartines de potje vleesch plus tard, nouveau petit tour à vélo à travers champs de patates et de betteraves, puis on s'affale sur le gazon ombragé du petit cimetière militaire de Dranouter. Là, sieste pour tout le monde. Pas un bruit. Juste l'idée que le 14 juillet est en Belgique un jour comme les autres. Tout va bien.

Posté par gazdamarko à 11:13 - Si près, si loin - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 juin 2005

Saigon la terrible

Saigon (Ho Chi Minh-Ville), 18 juin 2005 - Vingt-troisième et avant-dernier étage de l'hôtel Caravelle. On ne trouvait pas de vingt-troisième étage il y a quelques années à Saigon. Vue imprenable sur la terrasse de l'hotel Rex, soudainement bien minuscule, et sur le Continental. Autrefois QG des correspondants de guerre, il accueille cet après-midi une noce, avec une jeune mariée tout ce qu'il y a de plus "jeune mariée".

Sur le trottoir d'en face, toujours dans ce Saigon d'en bas, la pâtisserie Givral attend le client. "Givral", cela sonne comme le Saigon d'autrefois. Tout comme la rue Catinat, rebaptisée Dong Khoi. Ici c'est le touriste que l'on attend de pied ferme et de préférence le touriste avec carte de crédit, plutôt que le routard avec sac à dos. La styliste Minh Hanh , la gallerie Thanh Mai, les frères Nguyen pourraient avoir pignon sur rue à Paris ou à New York. Lorsqu'on entre dans les nouvelles boutiques de cette ex-rue Catinat, on a presque envie de croire que le communisme à la sauce vietnamienne, ça marche.

Toujours depuis les hauteurs du Caravelle on voit la rivière Saigon, les bacs qui transportent les habitants d'un bord à l'autre, les bateaux-restaurants bondés de touristes, les voitures et les motos qui filent sur le boulevard... En bas aussi l'opéra et là-bas un peu plus loin la grande poste.

Au fond du décor, les long-courriers descendent doucement sur la ville avant de se poser sur la piste principale de l'aéroport.

Il ne fait pas chaud, climatisation oblige. Au vingt-troisième étage, on peut visiter tout Saigon en une heure sans souffrir de la chaleur. La modernité, ça peut vous enrhumer ?

Posté par gazdamarko à 21:45 - Si près, si loin - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



Page suivante »